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Édouard Pignon, L'Ouvrier mort

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Édouard Pignon... À force de passer devant le pignon de l’école primaire à l’angle de l’avenue Kennedy et de la rue Saint-Sauveur à Lille, on ne voit plus l’immense céramique, signée d’un des plus grands peintres du vingtième siècle. Loin du réalisme socialiste et de l’abstraction, Pignon est l’égal de Picasso. Le maître de Vallauris considérait comme tel le galibot de Marles-les-Mines, descendu à 14 ans dans la fosse. « Ce qui me pesait, c’était l’absence de ciel », dit-il. Dans Édouard Pignon, L’Ouvrier mort, nouvel ouvrage de la belle collection Ekphrasis chez Invenit, Yannick Kujawa imagine une rencontre fictive dans l’atelier du peintre. Pignon se livre, se contredit, cherche, tente de saisir le réel... Rage de l’expression.

Sur la céramique de Lille, le Minotaure porte un enfant sur les épaules. « On remontait vers la maison de Picasso, c’était la nuit, une nuit chaude et odorante, l ’enfant s’est endormie [...] j’ai eu la sensation physique que ma respiration était la sienne », confie Pignon. Grâce à Paloma, la fille de Picasso, le peintre retrouve l’art de la maternité... et de la paternité. Dans L’Ouvrier mort, face au corps gisant sur le sol,
les yeux sont proéminents. L’homme plonge son regard dans le regard de l’enfant. « Il lui transmet sa force, sa détermination à résister à ce qui tue, et qui mérite qu’on se soulève. » Kujawa partage avec Pignon les mêmes racines dans le bassin minier. Depuis Vallauris où il peint L’Ouvrier mort, Pignon garde la matérialité et le tragique des terres du Nord. Il peint avec les luttes, avec l’exploitation, avec les grèves, avec les coups de grisou. À l’officier allemand qui demande à Picasso, désignant Guernica, « C’est vous qui avez fait ça ? », Picasso répond : « Non, c’est vous ! » L’Ouvrier mort : le Guernica de Pignon. « La toile est une gueule, un gosier d’huile et de couleurs, plus que politique, un ferment humain. » Les mots de l’écrivain sont puissants, à la mesure du geste du peintre. « Je prends un pinceau, je prends position. »

Dans cette époque de concepts qui anesthésient, le prolétariat n’est pas mort. Sur la toile de Pignon, dans l’écriture de Kujawa, son cadavre bouge encore.


 

Hervé LEROY

 

Édouard Pignon, L’Ouvrier mort
Yannick Kujawa
Invenit éditions
avril 2021
80 pages - 14 €


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